Il y a des changements qui semblent extérieurs et qui pourtant racontent quelque chose de beaucoup plus intime.
Couper ses cheveux en fait parfois partie.
Mon big chop n’a pas commencé le jour où j’ai pris une paire de ciseaux. Il a commencé bien avant. Dans une période de ma vie où je cherchais déjà à vivre plus simplement, plus lentement et plus en accord avec mes besoins. J’avais déjà un pied dans une démarche plus slow et plus naturelle, sans encore mesurer jusqu’où elle me mènerait.
Puis sont arrivés le burn-out et plusieurs soucis de santé. Ils ont agi comme un révélateur, m’incitant à aller plus loin, à questionner davantage mes habitudes et à chercher plus de cohérence dans ma façon de prendre soin de moi et de vivre au quotidien. Sans le savoir encore, ce retour au naturel allait aussi passer par mes cheveux.
Aujourd’hui, je réalise que cette transition capillaire était bien plus qu’un simple changement esthétique. Elle a été une étape de mon retour à l’essentiel.
Quand le retour au naturel commence bien avant les cheveux
Le retour au naturel est souvent présenté comme une décision soudaine. Pour moi, il s’est construit lentement.
Bien avant mon big chop, j’avais déjà commencé à remettre certaines habitudes en question. J’avançais doucement vers un mode de vie plus simple et plus naturel, sans imaginer jusqu’où cette démarche allait me conduire.
Puis sont arrivés mon burn-out et plusieurs soucis de santé. Ils ont renforcé cette envie déjà présente d’aller plus loin, de questionner davantage mes habitudes et de chercher une cohérence plus profonde dans ma manière de vivre.
Cette période m’a amenée à poursuivre ce chemin. Petit à petit, j’ai changé certaines habitudes de consommation, questionné mes automatismes et pris certaines décisions importantes, comme celle d’arrêter la pilule afin de me rapprocher d’un art de vivre davantage en accord avec moi-même.
À mesure que cette recherche de cohérence prenait de la place dans ma vie, elle a fini par toucher un domaine auquel je n’avais jamais vraiment prêté attention jusque-là : mes cheveux.
Avec le recul, je comprends que mon big chop n’a jamais été une fin, ni même un objectif. Il est simplement venu naturellement s’inscrire dans ce chemin de retour au naturel que j’avais commencé bien avant.
Il n’a pas changé la direction que je prenais. Il l’a simplement rendue visible.
Pourquoi ai-je commencé à défriser mes cheveux ?
Mon premier défrisage remonte à mes années de lycée. À l’époque, je ne me suis jamais demandé pourquoi je le faisais. C’était simplement devenu une évidence.
En grandissant, j’ai été entourée de modèles où les cheveux lisses et longs étaient largement présentés comme un idéal de beauté et de féminité. À travers les médias, les publicités, les films ou encore certaines remarques du quotidien, ces représentations étaient partout, souvent sans même que l’on en prenne conscience.
En tant que femme métisse, j’ai aussi grandi avec une histoire plus complexe, faite de plusieurs héritages qui ne trouvent pas toujours facilement leur place. Entre les regards, les injonctions parfois contradictoires et les normes qui se transmettent discrètement de génération en génération, il peut être difficile de savoir où l’on se situe et d’apprendre à s’aimer tel que l’on est.
Mes cheveux me semblaient compliqués à entretenir, parfois même être une corvée. Avec le recul, je réalise surtout que je ne les connaissais pas. On ne m’avait jamais appris à comprendre leur nature ni les gestes pour en prendre soin. Alors, comme beaucoup d’autres avant moi, j’ai simplement suivi le chemin qui me semblait le plus naturel, sans réellement le remettre en question.
Deux fois par an, je reproduisais ce geste devenu presque automatique.
Avec le recul, je ne porte aucun jugement sur cette période de ma vie. Je crois simplement que nous faisons toutes de notre mieux avec les représentations, les références et les outils que nous avons à un moment donné de notre vie.
La transition : apprendre à regarder mes cheveux autrement
Puis un jour, quelque chose a changé.
La période de mon défrisage approchait et pour la première fois, je n’avais plus envie de le faire. Sans vraiment comprendre pourquoi, je repoussais ce moment de quelques semaines… puis de quelques mois. Au fond, j’étais partagée.
Il y avait cette envie grandissante de découvrir mes cheveux naturels, mais aussi beaucoup d’appréhension. Après presque vingt ans de défrisage, je m’apprêtais à quitter quelque chose de familier pour partir vers un territoire totalement inconnu. Pendant près de six mois, j’ai appris à vivre avec deux textures de cheveux. C’était aussi la première fois que je prenais réellement le temps d’observer mes racines.
Je découvrais ces boucles qui m’étaient totalement étrangères. Je n’avais aucun souvenir de mes cheveux naturels. En cherchant des photos de mon enfance, j’ai réalisé qu’ils étaient souvent tirés, disciplinés ou coiffés d’une manière qui laissait peu de place à leur texture naturelle. Les gestes, les connaissances et certains savoir-faire autour de leur entretien s’étaient peu à peu perdus au fil des générations.
J’avais donc l’impression de partir à l’aventure, sans véritable carte pour me guider.
Le piège des nouvelles représentations
À cette période, le mouvement du retour au naturel prenait de plus en plus d’ampleur. Pour beaucoup de femmes noires et métisses, il représentait une véritable réappropriation de leur identité et de leurs cheveux. Il permettait de remettre en lumière des textures longtemps invisibilisées et de redonner une place à des cheveux que beaucoup avaient appris à transformer.
Mais, comme souvent, lorsqu’un idéal s’efface, un autre peut apparaître plus discrètement.
Sur les réseaux sociaux et dans les contenus que je consultais, je découvrais des chevelures magnifiques, des boucles parfaitement dessinées et des routines qui semblaient promettre le résultat idéal.
Sans même m’en rendre compte, je projetais moi aussi certaines attentes sur ce que devraient être mes cheveux naturels. Non pas parce que je voulais leur ressembler à tout prix, mais parce qu’il est profondément humain de chercher des repères lorsque l’on avance vers l’inconnu.
Avec le recul, je réalise que je cherchais encore, sans le savoir, à maîtriser le résultat. J’étais passée de l’idéal des cheveux parfaitement lisses à celui des boucles parfaitement définies.
Le véritable défi n’était pas d’obtenir les cheveux que j’imaginais, mais d’apprendre à accueillir les miens, tels qu’ils étaient.
Ils n’avaient pas à correspondre à une image, même naturelle. Ils avaient simplement à être eux-mêmes. Et c’est peut-être à cet instant que ma véritable rencontre avec eux a commencé.
Le jour de mon big chop
Le terme « big chop », qui signifie littéralement « grande coupe », désigne le fait de couper les cheveux traités chimiquement afin de retrouver sa texture naturelle.
Le 23 février 2018, j’ai sauté le pas. J’avais de l’appréhension.
Après presque vingt ans à porter mes cheveux d’une certaine manière, je quittais un repère qui m’avait accompagnée pendant une grande partie de ma vie. Mais je ressentais aussi beaucoup d’excitation.
J’avais l’impression de partir à la rencontre d’une partie de moi-même qui s’était peu à peu perdue en chemin.
Apprendre à désapprendre
Le plus difficile n’a pas été de couper mes cheveux. Le plus difficile a été d’apprendre à les connaître.
Je me suis rapidement rendu compte qu’il était beaucoup plus facile de trouver des informations pour transformer ses cheveux que pour apprendre à en prendre soin naturellement. Je ne connaissais pas leurs besoins. Je ne connaissais pas leur fonctionnement. J’ai dû apprendre.
Ou peut-être réapprendre ce que les générations avant moi n’avaient pas toujours pu me transmettre. Et surtout, j’ai dû désapprendre.
Désapprendre certains gestes.
Désapprendre certaines croyances.
Désapprendre l’idée qu’il n’existait qu’une seule manière d’être belle ou présentable.
Cette période a été traversée par de nombreuses émotions : de la frustration, de l’incompréhension, du doute, mais aussi de la joie, de l’émerveillement et beaucoup de curiosité.
Peu à peu, mes cheveux sont devenus bien plus qu’un simple changement capillaire. Ils sont devenus un rappel quotidien que l’on ne peut pas tout maîtriser dans la vie.
Et cette leçon continue encore aujourd’hui de m’accompagner.
L’acceptation n’est pas une destination.
Pendant longtemps, j’ai pensé que l’acceptation de soi était une destination. Un endroit où l’on finit par arriver et où tout devient simple. Aujourd’hui, je la vois plutôt comme un mouvement. Quelque chose qui se construit, évolue, se questionne parfois, puis retrouve son équilibre. Certaines périodes sont plus simples que d’autres. Et je crois que c’est profondément humain.
En tant que femme métisse, le rapport aux cheveux peut être traversé par des histoires personnelles, familiales et collectives. Il porte parfois des questions d’identité, de représentation et d’appartenance qui ne disparaissent pas en une coupe de cheveux.
Je continue encore aujourd’hui à apprendre, à me questionner et à me réapproprier certaines choses avec davantage de douceur.
Ce que mes cheveux m’ont appris sur moi-même
Cette expérience m’a appris la patience.
Elle m’a appris le lâcher-prise.
Elle m’a appris à m’écouter davantage.
Elle m’a surtout rappelé que revenir à soi est rarement un événement.
C’est un chemin qui se dessine pas à pas. Il a simplement ouvert une porte vers davantage de conscience, de simplicité et d’écoute de moi-même.
Aujourd’hui encore, je continue de découvrir mes cheveux, mais aussi tout ce qu’ils révèlent de moi.
Je comprends un peu mieux pourquoi cette expérience m’a autant transformée. Elle ne parlait pas uniquement de cheveux.
Elle parlait d’identité.
De transmission.
De liberté.
Et, peut-être plus que tout, d’apprendre à me rencontrer telle que je suis.
Dans un prochain article, je reviendrai sur ce que ces années de retour au naturel m’ont appris avec le regard que j’ai aujourd’hui.
Mon retour au naturel continue encore aujourd’hui.
Mon big chop n’a pas marqué la fin d’un chemin. Il a ouvert une porte. Une porte vers davantage de conscience, de simplicité et d’écoute de moi-m’Aime. Je ressens que revenir à soi est une aventure qui se réinvente sans cesse, au fil des saisons de la vie.
💬 Et toi, y a-t-il eu dans ta vie un changement extérieur qui a finalement révélé quelque chose de plus profond ? Je serais heureuse de lire ton expérience en commentaire.
Peut-être parce qu’au fond, certaines parts de nous-mêmes ne demandent pas à être transformées, mais simplement à être rencontrées.
🌱 Chaque retour à soi commence souvent par un pas que l’on n’osait pas encore faire.
💚 En accueillant ce qui nous ressemble profondément, on laisse peu à peu la vie respirer à travers nous.
Flavia,
P.S : Si cet article a résonné en toi, partage-le à une personne qui traverse elle aussi une période de transition ou de retour à elle-même.
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Parce que les chemins de retour à soi se construisent souvent à petits pas, j’envoie chaque mois une lettre douce et saisonnière à celles et ceux qui souhaitent ralentir et vivre autrement.